Entre le XVIe et le XXe siècle, des centaines de milliers de Canariens ont émigré au Venezuela. Les Canariens appellent ce pays la « 8ème île », surnom qui dit mieux que tout le volume de cette diaspora.
Le Venezuela est souvent présenté aux Canariens comme la « 8ème île » de l’archipel. Ce surnom dit tout : dans certains villages du nord de Tenerife, il y avait plus de gens au Venezuela qu’à la maison. Des familles entières ont refait leur vie là-bas pendant des générations.
Les Canariens quittent d’abord pour le Venezuela à l’époque coloniale, puis en masse au XIXe siècle quand la jeune République vénézuélienne traverse des crises. Un nouvel essor suit au XXe siècle, sous la dictature franquiste et dans les années de forte attractivité économique du Venezuela.
Le pétrole vénézuélien change la donne au milieu du XXe siècle. Les villes qui explosent, Maracaibo et la péninsule de Paraguaná en tête, attirent les Canariens à la recherche de travail et de meilleures perspectives de vie.
Dans les années 1948-1950, plusieurs voiliers quittent Santa Cruz de Tenerife avec des migrants canariens à destination du Venezuela, dans un contexte de départs souvent précaires et parfois clandestins. Certains noms de bateaux, dont El Maruca, reviennent dans des récits de familles de l'époque, sans confirmation historique précise. Ces traversées sont restées gravées dans la mémoire des familles canariennes.
La communauté canarienne au Venezuela a longtemps compté parmi les plus visibles de la diaspora insulaire en Amérique, au point d’alimenter durablement l’idée d’un pays d’accueil privilégié. Cette mémoire reste très présente dans les familles et les associations de descendants.
Les balcons en bois sculptés de La Orotava et La Laguna ressemblent à ceux que les émigrants canariens ont reproduits dans les villes vénézuéliennes, notamment à Coro (classée UNESCO). Le style colonial à patio central et façades peintes a circulé dans les deux sens. On parle souvent de La Havane quand on pense à Coro, mais c’est surtout une ressemblance d’époque, pas de pierre.
Depuis la crise vénézuélienne des années 2010, des descendants de Canariens sont revenus ou se sont réinstallés dans les îles avec des droits de résidence ou de nationalité espagnols. Ce retour fait renaître les recherches d’archives aux villages d’origine. Les associations de descendants d’isleños, ces émigrants canariens au Venezuela et leurs enfants, se renforcent.
